Alès : le petit train touristique sillonne une ville dont le maire est exfiltré par le Raid
Deux visages pour une même sous-préfecture du Gard. D'un côté, une carte postale ensoleillée que l'office de tourisme déroule pour les vacanciers. De l'autre, un premier magistrat visé par le narcotrafic et arraché à son domicile au cœur de la nuit. Le contraste, cet été à Alès, a de quoi laisser songeur.
Une balade familiale au fil des monuments
La municipalité propose aux familles de parcourir la cité à bord d'un petit train touristique, avec des commentaires en français et en anglais. Le circuit fait défiler les grands repères du patrimoine local : la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, les fortifications du Fort Vauban, le Temple, l'ancienne église des Cordeliers ou encore la plage artificielle aménagée en centre-ville. Entre chaque étape, le voyage s'attarde sur les grands chapitres de la mémoire alésienne, de l'industrie de la soie au passé minier, en passant par l'empreinte protestante. Une promenade paisible, pensée pour séduire les vacanciers et redonner aux habitants le goût de flâner dans leur propre ville.
À quelques rues de là, une tout autre réalité
Le décor change brutalement dès qu'on s'éloigne de l'itinéraire balisé. Dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 juillet, l'édile de 60 ans a dû être mis à l'abri en urgence par une unité d'élite, après le signalement d'un véhicule suspect stationné devant chez lui. La décision de le protéger a été prise au plus haut niveau de l'État.
Quelques jours auparavant, un avertissement macabre lui était parvenu à son domicile : une enveloppe renfermant deux munitions de calibre 9 mm, accompagnée d'une signature revendiquée par une organisation criminelle originaire de Marseille. Des inscriptions comminatoires avaient par ailleurs été taguées sur la clôture de sa propriété. L'élu s'est engagé de longue date dans le combat contre un trafic de stupéfiants qui gangrène plusieurs quartiers de la commune.
Un territoire « convoité » par le crime organisé
Le diagnostic livré par les autorités nationales tranche nettement avec l'imagerie du dépliant touristique. La ville est décrite comme une place stratégique que cherche à contrôler un réseau déjà solidement implanté sur le littoral méditerranéen. Selon le ministère, il est hautement plausible que les intimidations proviennent effectivement de cette structure mafieuse.
Un maire qui refuse de céder
Malgré la pression, l'intéressé assume sa fermeté. Il voit dans ces menaces la preuve que son action commence à déranger sérieusement les réseaux visés, et affirme qu'il n'entend pas se laisser impressionner. Les abords des bâtiments municipaux ont été placés sous surveillance renforcée. De nombreuses figures de la scène politique, tous bords confondus, lui ont exprimé leur solidarité.
La question que le petit train ne croisera jamais
Reste le grand écart, difficile à masquer. Pendant que la locomotive touristique avance au ralenti devant les façades historiques, égrenant ses anecdotes sur la soie et le charbon, une autre partition se joue dans les cités de la même agglomération : celle des balles glissées sous enveloppe, des murs maculés de menaces et des convoitises criminelles. Combien de temps une ville peut-elle vanter ses arènes et son bord de plage reconstitué quand celui qui la dirige doit vivre sous la garde d'une unité d'intervention ? Voilà l'arrêt que le circuit, soigneusement tracé, oubliera toujours de desservir.