Faubourg du Soleil : tout transformer en préservant son identité, le grand écart
Le magazine de l'Agglo consacre une page à ce qui attend le Faubourg du Soleil. Le maire Christophe Rivenq y résume le projet en une phrase : ce plan ambitieux <b>« vise à totalement transformer ce secteur, tout en préservant son identité »</b>. Tout le problème du projet tient dans cette promesse. On peut transformer un quartier ou préserver son identité, mais il est difficile de faire les deux à la fois.
Le calendrier annoncé
Janvier 2027 : mise en service d'une nouvelle salle pour les associations du quartier.
Premier trimestre 2027 : la rue du Faubourg du Soleil passe en sens unique vers le centre-ville, à partir de la rue Napoléon.
Fin du premier semestre 2027 : Logis Cévenols démolit trois lots d'immeubles dans le haut du faubourg, remplacés par trois immeubles de trois étages (33 logements).
Été 2027 : livraison de l'immeuble de la Foncière Logement, derrière l'école maternelle.
Septembre 2027 : un parvis devant la maternelle, pour la rentrée.
Fin 2027 : démolition des immeubles du bas du faubourg, remplacés par des logements privés.
Au total, 80 logements démolis et plus de 150 construits, pour 30 M€, « hors coûts de construction des logements ».
Le sens unique : apaiser la rue, ou faire de la place aux chantiers ?
L'article présente la mise en sens unique comme le fruit de la concertation. Les habitants se plaignaient de la place prise par la voiture, et le sens unique doit permettre d'apaiser la circulation, d'élargir l'espace piéton et de végétaliser. L'idée figurait effectivement parmi les pistes des ateliers de 2018.
Mais l'Agglo écrit elle-même, quelques lignes plus loin, que ce changement servira dans un premier temps à libérer de la place pour les chantiers à venir. L'apaisement est donc d'abord une logistique de chantier. Le dire franchement n'aurait rien de honteux. L'habiller en demande des riverains l'est davantage.
Reste le report de trafic. Pour remonter vers l'avenue d'Anduze, il faudra emprunter les rues Fernand Pelloutier et des Jardins. Or la rue des Jardins longe l'école maternelle. En 2023, la ville l'avait justement déviée pour mettre l'entrée de l'école à l'abri des voitures. Et c'est cette même école qui doit recevoir un parvis pour « sécuriser davantage les entrées et sorties des enfants ». On y fait pourtant passer tout le flux montant du faubourg. Côté Pelloutier, ce sont huit villas en accession à la propriété qui sont prévues. On retire les voitures d'une rue pour les envoyer dans les deux voisines.

En avril, le Mag promettait des phases de concertation et de tests avant tout aménagement définitif. L'article ne mentionne plus aucun test, seulement une date : le premier trimestre 2027. Rien non plus sur l'accès depuis le pont Vieux, qui est pourtant l'entrée principale du quartier.
Transformer « totalement » et « préserver l'identité » : il faut choisir
Le chapô l'annonce clairement : il s'agit de faire du faubourg un véritable prolongement du cœur de ville. Or un faubourg, par définition, c'est ce qui est hors de la ville. En faire une extension du centre, démolir 80 logements et reconstruire du neuf en nombre, c'est changer son identité, pas la préserver.
Dans l'article, l'identité se réduit d'ailleurs à un « travail particulier sur les façades ». Un décor, donc. L'identité d'un quartier ancien tient pourtant à son parcellaire, à ses gabarits, à une rue percée en 1773 et à des bâtisses que l'on ne sait plus construire.
L'article précise que les immeubles du haut du faubourg feront trois étages. Pour ceux du bas, à l'entrée historique du quartier, il ne donne aucune hauteur. Le dossier d'enquête publique évoque pourtant des bâtiments pouvant atteindre sept étages. Quant à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), elle a rendu un avis défavorable sur la démolition de certains ensembles, au motif qu'elle porte atteinte aux qualités patrimoniales du faubourg. L'avis est consultatif, et l'article n'en dit pas un mot.
Ce que l'article ne dit pas
L'enquête publique en cours. Au moment même de la parution, une enquête publique sur la déclaration d'utilité publique (DUP) est ouverte jusqu'au 19 novembre. Une fois prononcée, la DUP permet d'exproprier les propriétaires qui refusent de vendre. L'article n'y fait aucune allusion.
La contestation. L'Association de sauvegarde du patrimoine alésien (ASPA) et des riverains se sont mobilisés début novembre. Ils demandent la suspension des démolitions, une étude sérieuse de la rénovation de l'existant et une nouvelle concertation. Une pétition circule. L'article n'en parle pas.
Le coût réel. Les 30 M€ annoncés s'entendent hors construction des logements, et le coût total reste donc inconnu. La rénovation a pourtant été écartée parce que jugée trop chère : entre 3 500 et 4 500 € du m² selon le maire. Pour comparer, il faudrait connaître le prix de la démolition-reconstruction.
Les chiffres qui bougent. En avril, le Mag annonçait 163 logements. L'article en annonce aujourd'hui « plus de 150 ». Dans la presse cette semaine, le maire parlait de 92 logements accessibles. L'immeuble de la Foncière Logement, attendu pour mai 2026 selon le Mag d'avril, est désormais prévu pour l'été 2027.
Ce qui reste possible
Les habitants peuvent encore déposer leurs observations auprès du commissaire enquêteur. Il reste deux permanences : mardi 10 novembre de 9 h à 12 h et jeudi 19 novembre de 14 h à 17 h. Le lieu est indiqué sur l'avis d'enquête affiché dans le quartier.
Lutter contre l'habitat indigne est légitime, et personne ne regrettera les marchands de sommeil. Mais un projet de cette ampleur mérite mieux qu'une page de communication où chaque contrainte devient une demande des habitants. Il faudrait dire ce que l'on démolit, ce que cela coûte et ce que l'on perd. Il faudrait aussi tester réellement la nouvelle circulation avant de la graver dans le bitume.