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Alès.City 29/09/2026

Lycéens d’Alès : derrière les feux de poubelles, une génération qui n’a jamais été écoutée

Lundi, des centaines d'élèves ont bloqué le lycée Jean-Baptiste-Dumas. Les images de fumée ont fait le tour des réseaux. Les raisons de leur colère, beaucoup moins.

Vers 8h ce lundi 28 septembre, environ 250 lycéens de Jean-Baptiste-Dumas ont bloqué l'entrée de l'établissement en plaçant des poubelles devant les grilles. Le mouvement a aussi touché le lycée Lasalle. Des palettes et des poubelles ont été incendiées, les pompiers sont intervenus pour éteindre les feux et une personne a été interpellée. À la mi-journée, le calme était revenu devant l'établissement.

Ce que les images ne montrent pas : la mobilisation était au départ prévue pour le mercredi 30 septembre et avait été annoncée sur Instagram. Selon nos confrères, un petit groupe d'élèves extérieurs au lycée aurait précipité l'action et l'aurait fait basculer dans la violence, au point que les manifestants eux-mêmes ont appelé les pompiers et la police.

Les revendications, elles, sont claires : le manque de professeurs, les classes surchargées et l'état dégradé des bâtiments, auxquels s'ajoutent les difficultés liées à Parcoursup. Alès n'est pas un cas isolé : le mouvement est parti la semaine dernière de Créteil et de la région parisienne avant de s'étendre via les réseaux sociaux, avec 58 établissements perturbés et une trentaine d'interpellations.

Condamner les incendies, oui. Mépriser la colère, non.

Brûler des poubelles n'est pas un argument. Personne de sérieux ne le défendra, et les lycéens eux-mêmes ont été les premiers à appeler les secours. Mais s'arrêter là, c'est commode : cela permet de parler de « casseurs » plutôt que de classes à 35, de professeurs non remplacés et de bâtiments qui se dégradent.

C'est un réflexe bien rodé. Chaque génération d'adultes a trouvé la jeunesse suivante trop bruyante, trop paresseuse, trop connectée. Chaque fois, c'était une manière d'éviter la seule question qui compte : et s'ils avaient raison sur le fond ?

« Le bac était plus dur avant » : l'excuse facile

On l'entend à chaque repas de famille : le niveau baisse, le bac ne vaut plus rien, les jeunes ne travaillent plus. Mais ceux qui le répètent ont souvent étudié dans des classes moins chargées, avec des enseignants remplacés quand ils étaient absents, dans un système qu'ils n'ont pas eu à subir en pleine réforme permanente.

Si le niveau baisse, faut-il vraiment accuser les élèves ? Ou plutôt regarder les moyens consacrés à l'école, les conditions de travail des enseignants et les conditions d'apprentissage ? Le problème est peut-être moins le niveau des jeunes que le niveau d'investissement qu'on leur consacre.

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Les lycéens ne sont d'ailleurs pas hostiles à leurs professeurs. Beaucoup entretiennent avec eux d'excellentes relations. Ils pointent en revanche des cours mal organisés, des explications insuffisantes, des matières mal transmises. Ce n'est pas un procès des enseignants : c'est le constat d'un système qui ne leur donne plus les moyens de bien faire.

Des règles qu'on impose sans jamais expliquer

Horaires, organisation des journées, règlement intérieur, ÉcoleDirecte, interdiction du téléphone : pour un adulte, ce sont des détails. Pour un lycéen, c'est le cadre de toute sa vie quotidienne. Et ce cadre est décidé sans lui.

Personne ne conteste qu'un établissement ait besoin de règles. Ce qui est contesté, c'est la manière : quand le dialogue avec la vie scolaire se résume à des rappels au règlement et des sanctions, le sentiment d'injustice s'installe. Certains élèves ont l'impression d'être toujours les mêmes à être surveillés, soupçonnés, punis. Qu'il s'agisse d'une réalité ou d'un ressenti, cela mérite d'être entendu, car on ne peut pas exiger le respect d'une autorité qui ne se montre ni équitable ni à l'écoute.

Parcoursup : un avenir confié à un algorithme

À quelques mois de la fin du lycée, l'angoisse a un nom. Choisir son orientation n'a rien d'une formalité : c'est voir son avenir suspendu à des vœux, des dossiers, des critères opaques et des réponses qui tombent sur un écran. Présenté comme un outil d'organisation, Parcoursup est vécu par beaucoup de jeunes comme une machine qu'ils ne comprennent pas et qui décide à leur place.

Une génération à qui l'on présente la facture

La colère dépasse les murs des lycées. Retraites, logement, dette publique, climat : les décisions qui engagent les cinquante prochaines années sont prises par des générations qui n'en subiront pas les conséquences. Ceux qui ont connu le plein emploi, les loyers abordables et les études peu coûteuses expliquent aujourd'hui aux jeunes qu'il faudra travailler plus longtemps, payer plus cher pour se loger, rembourser une dette qu'ils n'ont pas contractée et vivre dans un climat qu'on n'a pas su protéger.

Et quand ces jeunes protestent, on leur reproche de ne pas savoir se tenir. On leur demande d'accepter les règles, jamais de participer à leur écriture.

Le vivre-ensemble, eux le pratiquent déjà

Il y a aussi un décalage frappant entre les discours politiques et la réalité des salles de classe. Dans un même groupe, des jeunes d'origines, de milieux et de cultures différents travaillent, discutent et rient ensemble tous les jours. Ce vivre-ensemble que certains décrivent comme menacé, les lycéens alésiens le vivent au quotidien. Ils sont donc légitimes à contester des discours qui parlent d'eux sans jamais partir de leur expérience.

Une jeunesse qui conteste aussi le récit

Enfin, ces jeunes ne se contentent plus du récit qu'on leur propose. Sur Gaza, sur les violences policières, sur les mouvements sociaux, une partie d'entre eux s'informe autrement et remet en question la manière dont l'actualité leur est présentée. On peut le leur reprocher. On peut aussi y voir le signe d'une génération qui réfléchit par elle-même.

Écouter avant de juger

Les feux de lundi seront vite oubliés. Les classes surchargées, les postes non remplacés et les bâtiments dégradés, eux, seront toujours là demain matin. Les responsables politiques ont le choix : répondre sur le fond, ou continuer à ne voir que la fumée, au risque de pousser une partie de cette jeunesse vers la radicalisation. Condamner les incendies ne devrait jamais dispenser d'écouter ceux qui les dénoncent eux-mêmes.

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